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L'apiculture est avant tout un acte d'échange : l'apiculteur met à la disposition de l'essaim une ruche [...] et en échange, le propriétaire prélève le surplus de récolte que l'apport du logement fonctionnel a permis de produire.     Alain Charlier, apiculteur.

Les ruches écologiques

Considérations générales

Selon différents auteurs-apiculteurs, la ruche idéale n'existe pas et que c'est l'apiculteur qui fait la ruche. Ce sont des considérations qui leur sont tout à fait propre, qui, en l'apiculture "moderne" lui font choisir ce qui lui est le plus pratique et le mieux adapté à son matériel, mais qu'en est-il de abeille? Par le travail des éclaireuses, un habitat leur convient-il plus qu'un autre. De par ce choix, il devient évident qu'un habitat leur convient plus qu'un autre, même si l'abeille a le privilège d'avoir une grande possibilité d'adaptation, il semble qu'une ruche lui garantissant un hibernage de qualité lui soit plus favorable qu'un logement où les conditions de survie soit aléatoires!
Le seul moyen de le savoir est de les observer dans un espace naturel et de rassembler tous les éléments communs à chacun d'eux.
Plusieurs apiculteurs considéraient ce respect de la biologie de l'abeille et suivant leurs observations, ils construisirent des ruches respectant celles-ci.

Guillaume-L. Formanoir de Palteau- 1712

ruche Palteau

Agronome et apiculteur français qui inventa une ruche à hausses qui porte son nom.
Le livre:
Nouvelle construction de ruches de bois avec la façon d'y gouverner les abeilles et l'histoire naturelle de ces insectes.

La pièce principale de cette ruche est un élément de 3 pouces de haut et d'un pied en carré. La ruche est composé de plusieurs de ces éléments et l'on en ajoute en fonction de la récolte.
Celle-ci se fait en passant un fil de fer entre deux hausses, ce qui coupe les gateaux de cire mais fait couler du miel sur les abeilles dont certaines engluées périssent. Par malchance, la reine pouvait être atteinte.

La ruche écossaise

Génèse de la ruche

M. de la Bourdonnaye- au nom prédestiné ?- Boishulin, procureur-général-syndic des Etats de Bretagne et membre fondateur de la Société royale d'Agriculture de Bretagne construisit une ruche à hausses qu'il plaçait sous la ruche, méthode dûe à ses réflexions qu'il se fit suite à de diverses observations.

ruche ecossaise

Il prit connaissance en lisant les Mémoires de l'Académie des Sciences de la manière dont on usait en Ecosse pour éviter les essaims tardifs; on passait une hausse sous la ruche et les abeilles occupaient alors cet espace ayant trouvé du vide sous celle-ci pour agrandir leur habitat et, ce qui était arrivé au curé de Tily, près d'Orléans. Celui-ci posa une ruche sur une barrique vide et l'oublia. Il vint que l'ouverture de la ruche correspondait à un trou pratiqué dans le fond de la barrique sur lequel la ruche était posée. Une fois que la ruche fut pleine de miel et de cire, les abeilles continuèrent de bâtir dans la barrique. De ce mouvement de la colonie- lire- il inventa une ruche dont l'exploitation respectait ce mouvement naturel de l'essaim par l'adjonction d'une hausse qui se faisait sous le corps de la ruche.
IL imagina une ruche en paille dont le fond était percé d'un trou de 15 à 18 lignes pour le passage des abeilles. Celles ci après avoir rempli le panier supérieur, descendaient occuper les paniers vides inférieurs où elles continuaient leurs travaux comme l'auteur l'avait prévu.
On donna le nom de Ruche écossaise à la réunion de ces deux paniers.
Cependant les Ecossais enlevaient au printemps cette hausse qui correspondait directement avec la ruche pour obtenir des essaims et ce fut surtout l'observation de la barrique du curé de Tily (?) qui donna à M. de La Bourdonnaye qui lui donna l'idée d'un fond percé pour le passage des abeilles.

D'autre part, il connaissait les travaux de M. de Gélieu dont l'exploitation de la ruche présentait un inconvénient majeur: pour récolter les rayons, on passait un fil de fer tel un fil à couper le beurre, entre ruche et hausse, ce qui faisait couler du miel sur les abeilles dont certaines se trouvaient engluées et condamnées; d'autre part, la hausse contenait quelquefois du couvain.

Chaque élément de cette ruche de la Bourdonnaye avait 10 à 11 pouces de diamètre et autant de hauteur. La récolte avait lieu lorsque la reine était passée du panier supérieur dans celui du dessous, ce qui n'arrivait pas tous les ans. Le panier supérieur était alors constitué uniquement de miel, exempt de couvain et d'abeilles.

Mais M. de la Bourdonnaye désirait obtenir une récolte périodique, annuelle. Il s'en approcha mais ne put atteindre ce but car des troubles religieux, des mésententes entre parlement et un homme de la Cour, des mouvements révolutionnaires et son âge avancé lui firent abandonner son entreprise.
Il confia donc la suite de ses travaux à M. Pierre-Louis Ducouédic.

Son exploitation

Les abeilles ayant rempli la pièce d'en haut, se trouvent arrêtées par le fond de celle d'en bas, qui forme une espèce de plancher, placé à peu près au milieu de la hauteur de la ruche. Pour continuer leur travail, elles remplissent la pièce de dessous.
Ces deux pièces étant remplies, on enlève celle du dessus, pour profiter de la cire et du miel supérieur; et lorsqu'elle est vide, on la met sous la pièce qui est restée sur le tablier; par là le couvain est conservé, aussi bien que les abeilles; et on ne court pas le risque de les laisser sans subsistance pendant l'hiver, lorsque les étés sont pluvieux.
[...]
... cette manœuvre sera répétée toutes les fois que la pièce supérieure étant remplie.... Mais il fallait attendre, plus ou moins d'années, la descente de la peuplade du panier supérieur dans l'inférieur; et l'incertitude sur le tems où le couvain était entièrement évacué d'un panier supérieur, laissait encore quelque chose à désirer pour la perfection de la découverte.

Ce système évitait la section des cires comme on le faisait dans les ruches Palteau et Gelieu.

La ruche pyramidale

Pierre-Louis Ducouédic- 1743-1822

Il perfectionna la ruche de M. de la Bourdonnaye par l'adjonction d'un troisième panier sous le corps de la ruche. La récolte se faisait ainsi sans détruire la colonie et conformément à la construction naturelle des rayons.
Le livre:
La ruche pyramidale, méthode simple et naturelle pour rendre perpétuelle toutes les peuplades d'Abeilles, et obtenir de chaque peuplade, à chaque automne, la récolte d'un panier plein de cire et de miel, sans mouches, sans couvain, outre plusieurs essaims; etc...

 

Génèse de la ruche

ruche pyramidale

Après la Révolution, Ducouédic se livra tout entier à faire valoir la découverte se son illustre compatriote.
Ce n'est qu'après plusieurs essais plus ou moins fructueux que Pierre-Louis Ducouédic ajouta à la ruche écossaise un élément se plaçant sous le corps de ruche afin que les abeilles puissent poursuivre leur mouvement naturel de construction toujours vers le bas; ce fut la ruche pyramidale.
Attaqué et insulté dans ses recherches, notamment par M. Bosc, membre de la Société d'encouragement et de l'Instutut, il résista et réussit ce que M. de la Bourdonnaye lui avait confié. Cependant, il faut bien dire, M. Ducouédic, en ce qui concerne la vie de la ruche avait des idées qui n'ont jamais été confirmées et celles qu'il croyait contre-nature, se sont ensuite vérifiées.

Les dimensions de la ruche pyramidale varient selon les ressources mellifères de la région et a 27, 30 ou 33 pouces de haut sur 9, 10 ou 11 pouces de diamètre. Tous les paniers communiquent par un trou de 15 à 18 lignes pour le passage des abeilles.
Il fallait pour que ceci fonctionne, trouver le moment concordant où le panier supérieur serait sans mouche et sans couvain et le panier inférieur suffisemment garni de provisions pour ne pas craindre la disette en hiver.
De nombreux membres de la Société de Bretagne firent durant des années des tentatives qui s'avérèrent inutiles car c'est une rencontre qui ne peut se faire d'une année à l'autre.
M. Ducouédic en conclut qu'il fallait agir sur l'espace dédié à l'essaim et sur le temps. Augmenter l'espace et attendre pour récolter lorsque le second panier soit suffisant pour récolter en laissant aux abeilles la possibilité de s'étendre dans le panier inférieur. Le pari était gagné!

Son exploitation

La première année un essaim peuple une ruche et y passe l'été et l'hiver suivant.
Au printemps, un second panier est glissé sous la ruche première: c'est la ruche écossaise. Tout restera ainsi durant cette deuxième année. La peuplade aura donné un ou deux essaims si la population était forte et la saison favorable.
Au troisième printemps, la ruche deviendra pyramidale avec l'ajout du troisième panier.
En septembre, lorsque les bourdons auront été éliminés, on pourra disposer de la totalité de la hausse supérieure qui sera sans abeilles et sans couvain. Durant cette troisième année nous aurons également récolté un ou deux essaims généralement très forts. Avec cette récolte, la ruche redeviendra "écossaise"; elle passera l'automne et l'hiver ainsi pour redevenir au printemps suivant, "pyramidale", et ainsi de suite.
Selon l'auteur, la peuplade d'une ruche pyramidale ne périt jamais, ni par la disette, ni par le froid et qu'au printemps, le couvain est toujours éclos un mois environ avant celui des autres ruches.

Selon les récoltes et leur abondance, l'ajout de panier peut toujours être avancé ou retardé.

Lors d'une démonstration officielle ayant lieu à Chaville chez M. de Coligny, il fut récolté 45 livres poids de seize onces au grand dam de M. Féburier, membre de la Société d'encouragement, adversaire de cet apiculteur. +

La ruche cylindrique horizontale- 1795

gravure

Reprenant "le bon sens admirable des sauvages", en usage à Madagascar et dans l'île Bourbon, Jonas de Gelieu, fils de l'inventeur de la hausse, propose une ruche cylindrique horizontale, en paille ou en bois qu'il exploita et dont les résultats surpassèrent son attente.

La ruche en paille

Ce cylindre "a deux pieds de long et un pied de vide en dedans". Il est nécessaire que la surface interne soit bien égale afin que les fonds qui obturent les orifices du cylindre puissent coulisser aisément. Ces fonds sont munis d'une poignée ou d'un bouton permettant de les manipuler à l'intérieur du cylindre et l'un d'eux possède une ouverture variable, faisant office d'entrée de la ruche.
L'un des fonds, celui de l'entrée est fixée au cylidre tandis que le second coulisse à l'intérieur du cylindre pour adapter le volume de la ruche à l'espace nécessaire à la colonie.
Cette ruche se place horizontalement sur un banc ou comme un tonneau dans une cave que l'on protège par un petit toit.

La ruche en bois

photo

C'est un assemblage de 3 planches de 28 pouces de longueur de forte épaisseur qui, posés sur un plancher forme un élément tubulaire de section carrée d'un pied de coté intérieur. Ce plancher déborde d'un pouce de chaque coté et de 6 pouces sur le devant. Ce tablier n'est pas cloué à la ruche et celle-ci est maintenu à gauche et à droite par deux petits tasseaux qui la centrent au milieu du tablier.
Dans cette caisse pourront coulisser deux morceaux de planche carrés munis de poignées ou d'un petit manche, servant de fond à la ruche. L'un sera percé d'une ouverture pour permettre aux abeilles d'entrer et de sortir, l'autre sera plein.
Au milieu de ce tube, pour le consolider, une planche largement ouverte est fixée aux cotés et plafond de la ruche.
Cette ruche peut-être de section carrée mais aussi, pentagonale, hexagonale ou octogonale.

Leur exploitation

L'une comme l'autre se gère de la même façon.
Le fond servant d'entrée est fixée au cylindre par des clous ou des chevilles, de même que le fond de la ruche qui est positionné en accord avec le volume occupé par la colonie. Plusieurs lignes de trous peut être établis afin de pouvoir régler la position de ce fond. Une amorce de cire est posée dans la première partie, transversalement à l'axe du cylindre afin que les abeilles suivent le sens de leurs constructions parallélement à cette amorce.
Les abeilles emmagasinant leur récolte dans l'endroit le plus profond de leur demeure, le font dans la seconde partie de la ruche dont on a augmenté le volume au cours de la saison. Il suffit de retirer le fond et de tailler les cires pour en récolter le miel.
Lorsque les cires du couvain sont trop vieilles, il suffit de faire faire à la ruche un ½ tour; les abeilles referont leur couvain dans des cires neuves et il suffira d'enlever les cires contenues maintenant dans la partie arrière de la ruche.

Remarque

Sans le savoir, Jonas de Gelieu reprend la forme de ruches utilisées tant en Egypte et Grèce antique qu'en Espagne, Afrique, Moyen-Orient, etc..., il ajoute un fond mobile qui donne à la ruche un volume variable en fonction du volume de l'essaim et de celui de la récolte.
Bien qu'il ait exploité ses ruches en Suisse et que cette forme est l'apanage des pays chauds où elles semblent mieux adaptées au climat car la question de l'hibernage est moins cruciale, il assure que ce mode d'exploitation peut être universel.

Réflexion

Par son ancienneté, sa forme et ses dimensions, cette ruche a fait, semble t-il, ses preuves qu'elle répondait à une ruche écologique.
Il y aurait donc au moins deux façons naturelles de son extension: l'une verticale, l'autre horizontale.
La ruche horizontale proposée par G. de Layens combinait les deux modes: le couvain selon une extension verticale, le miel selon une extension horizontale. La difficulté résidait dans le fait que les abeilles colonisaient difficilement les rayons devant leur servir de magasins placés de part et d'autre du couvain. Se trouvaient-elles dans une ruche contradictoire? Ne doivent-elles pas travailler, soit de haut en bas, soit de devant vers l'arrière?
Soit l'un, soit l'autre, mais pas les deux à la fois!

La ruche populaire

abbé Warré

Après avoir étudié durant une trentaine d'années et comparé les différents modèles de ruches de son époque, l'abbé Warré s'inspira des ruches Voirnot pour créer sa ruche populaire.
Les considérations qu'il prit pour conclure furent:
- le coût de la ruche et de son exploitation;
- les bonnes conditions d'hibernage des colonies et des réserves de miel qui doivent être mis à leur disposition.
Nous ne nous interresserons qu'à la comparaison Dadant/Warré.

  Ruche Dadant Ruche Warré
Coût et construction coûteuse économique
Provisions hibernage en kg 18 à 20* 12 à 15
Conditions de l'hibernage défectueuses moyennes
Manipulations dans la ruche à chaque vérification ou inspection 2 par an avec la ruche vitrée
Essaims pour le peuplement en kg 4** 1,5

* Les apiculteurs Dadant remplacent aujourd'hui ces provisions par du suc candi au détriment d'une nourriture saine prévue pour l'hibernage des abeilles.
** Un essaim d'un tel poids nécessitent, à partir d'un essaim de 2 kg, de deux ans de développement dans une ruchette, alors qu'un essaim de 2 kg dans une ruche Warré donnera une récolte dès la première année.

Il fut un lecteur des ouvrages de R. Hommell, des abbés Sagot et Delépine et de G. de Layens et suite à ses propres réflexions donna à sa ruche les caractéristiques principales de la ruche pyramidale de Ducouédic qu'il ignorait!
Il fait une démonstration très convaincante de la valeur de sa ruche face au "mobilisme" de la ruche Dadant à qui désirera une apiculture exempte de problèmes et d'investissement conséquent en matériel et en temps.
Un apiculteur allemand, l'abbé J.L. Christ (1739-1813) avait déjà inventé une ruche sur ce principe dont l'élément mesurait 28cm de diamètre, 14 cm de haut et était pourvu de vitres.
en savoir plus...
Le livre:
L'apiculture pour tous.l'apiculture pour tous.    Lire
et plus encore... avec beaucoup de commentaires, d'appréciations... et quelques fôtte d'hortaugraffes.

Génèse de la ruche

Dans la cinquième édition de son ouvrage "L'apiculture pour tous" l'abbé Warré raconte que M. Choquart de Meulan (78) lui fit parvenir des extraits du livre de P. Ducouédic provenant de la Bibliothèque Nationale.
ruche palteauIl avait en outre reçu de M. Ducaisse une communication portant sur l'invention de M. Palteau (ouvrage paru en 1756) d'une ruche en bois constitué de hausses carrées d'un pied de coté (30cm) et de trois pouces en hauteur (7cm) et qui s'agrandissait par le bas afin de ne pas refroidir le couvain, la récolte se faisant par le haut.
Ceci fit dire à l'abbé Warré que sa ruche n'était pas révolutionnaire et était le résultat de ses travaux et la reprise des idées d'éminents apiculteurs qu'étaient G. De Layens, les abbés Sagot et Voirnot.
Connaissait-il les travaux de Palteau, de la Bourdonnaye et de P. Ducouédic,
Des trois apiculteurs qu'il cite, aucun ne posait ses hausses par le bas de la ruche. Quelle est la réfexion qui l'avait incité à faire comme ces pionniers? Connaissait-il la ruche écossaise?
Ceci lui fit faire un travail inutile puisque ces procédés étaient connus, sans qu'il n'en eut informations mais révélateur de la justesse de ses mesures, l'agrandisement se faisant par le bas.
Bien que Jan Dzierżon utilisait des barrettes dans ses ruches, il n'en eut pas connaissance et il bénéficia d'un heureux concours de circonstance pour découvrir ce procédé, dit-il.
Pourtant l'abbé Sagot dont l'abbé Warré avait lu l'ouvrage utilisait des barrettes -et des cadres- dans son "aumônière" et de simples paysans les utilisaient comme les Grecs dans l'Antiquité!
L'abbé Warré était-il si mal informé de ces pratiques?
Ne faisons pas de procès à cet apiculteur qui recherchait la simplicité et contentons nous de le croire; et acceptons comme vérité telle qu'il nous la donna.

Il fit un magnifique travail puisqu'il unifia tous les éléments positifs de chacune des ruches qu'il étudia, par l'observation des abeilles, retrouva le même procédé d'agrandissement de sa ruche par le bas que ses prédécesseurs P. Ducouédic et M. Palteau, et réalisa une ruche simple, pratique dont l'exploitation est à la portée de tous, sans passer par des cours et un apprentissage long et couteux.

De sa ruche, il conçut deux modèles:
- la Ruche Populaire à cadres qui étaient destinée aux grandes exploitation possédant un extracteur, et
- la Ruche Populaire à barettes qui s'imposa pour sa facilité d'exploitation, son économie, et sa moindre consommation de miel durant l'hivernage.
Elle allie en effet une grande simplicité et une exploitation respectant l'instinct et le comportement naturel de l'abeille et en ce sens il fut un écologiste avant l'heure alliant apiculture et philosophie car il considérait faire des bénéfices et non du profit ce qui aurait consister à nourrir les abeilles avec du sucre de betterave.
Les ruches à cadres avaient leurs partisans et si à leur apparition, des apiculteurs étaient encore soucieux de conjuguer le confort de l'abeille et celui de l'apiculteur, d'autres s'engagèrent dans l'apiculture "moderne" sans se soucier de l'insecte qui les nourrissait et ne virent que les avantages du cadre liés à l'extracteur.
Avec sa ruche à cadres, l'abbé Warré fut sûrement le dernier à vouloir concilier les deux par la simplicité sans que sa ruche entre dans la logique du profit à tout prix.

Conception

ruche WarréLe grand avantage de la ruche Warré est de n'être constitué que d'un seul modèle d'élément de forme carrée de 30 cm de coté sur 21 cm de hauteur, qui en fonction du nombre formera le corps de la ruche (2 ou 3 éléments selon la force de la colonie) et/ou d'une ou plusieurs hausses qui, contrairement à la ruche Dadant, se placeront sous le corps de la ruche pour respecter la construction naturelle de la colonie d'abeilles.
L'espacement entre ses rayons non fixés à des cadres permet la libre circulation des abeilles et une thermo-régulation que l'emploi de la cire gaufrée ne permet pas et qui cause la nécessité de sur-ventiler la ruche lors de son activité, d'où une surconsommation de miel, et la mort éventuelle de la colonie lorsqu'elle hiberne.
Elle peut, selon l'apiculteur, être dotée de barrettes amorcées de cire ou de cire gaufrée.
Les apiculteurs ayant adopté cette ruche ont apporté plusieurs améliorations et notamment la présence d'une fenêtre d'observation opposée à l'entrée qui permet de ne pas perturber la colonie dans son travail lors d'une inspection.

Avantages et inconvénients

ruche Warré

Cette ruche est:

C'est la seule ruche où l'apiculteur a vue sur la mère...

Bien sûr, y a-il quelques inconvénients... moins de miel, bien que ce ne soit pas l'avis de Gilles Denis, mais est-ce vraiment un inconvénient si notre colonie vit dans les conditions qui sont les siennes, avec un capital de résistance et de défense supérieur à une colonie sur-exploitée et mal nourrie!
En gérant les ruches avec autant d'économie vis à vis des abeilles non soumises à autant de manipulations, de stress et de conditionnement, nous obtientrons un miel de qualité supérieure, sans autant de travail et d'investissement qu'une ruche Dadant, mais qui en fin de compte sera d'un rapport travail-investissement/production apicole beaucoup plus avantageux.

Malgré tout, cette ruche a quelques défauts par rapport à un habitat naturel d'une colonie:
- être carrée,
- régulation hygro-thermique défectueuse.
- celui de toute ruche divisible, avoir le corps du couvain coupé en deux par les barrettes (le montant bas des cadres + le support des cadres pour la Langtroth et la Warré à cadres).
Si les deux premiers paramètres peuvent être corrigés par l'adoption d'une ruche ronde ou hexagonale pourvue d'une ventilation adéquate, le troisième paramètre est plus délicat à prendre en compte.
- dans son exploitation, étant de taille réduite, elle doit être surveillée de très près pour pourvoir à son agrandissement afin d'éviter un essaimage inutile.
Cependant, en un mot, elle est et reste géniale!

Ses principales qualités restent malgré tout, l'économie et la simplicité, tant dans sa conception que dans son exploitation.

Bien que la récolte en ruche dite "moderne" soit supérieure en quantité puisque l'abeille est privée de sa nourriture naturelle durant la période hivernale, il est sûr que l'exploitation de cette ruche a des contreparties néfastes sur l'abeille et vient le temps de réagir afin que cette dernière ne disparaissent pas comme un certain nombre d'espèces dont la survie est en danger. Une nourriture mal adaptée, une sur-exploitation accompagnées de la dégénérescence du milieu naturel et de l'utilisation incontrôlée des pesticides apportent à cette menace des possibilités supplémentaires que l'ont peu éviter en gérant des ruches avec sagesse et discernement.

Et n'oublions pas de comparer les investissements en temps et en argent que les deux systèmes gênèrent et faisons mentir la maxime:

"Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué!"

Quelques ruches dérivées de la ruche Warré

La ruche "carronde"

Ruche en plâtre exploitée selon la méthode de l'abbé Warré.
en savoir plus... très beau site mais manquant de croquis qui vaudraient mieux que de longues explications.

La ruche "Modulor"

Modulor reprend la ruche de l'abbé Warré, suite à des réflexions qui rejoignent celles de tout apiculteur critique quant aux procédés d'exploitation à outrance de l'abeille.
en savoir plus...

Conclusion

La ruche Warré de par sa simplicité permet à l'apiculteur de l'appliquer à sa propre conception, ainsi après plus de 50 ans d'existence, cette ruche est encore vivante: vivante par les adaptions que les apiculteurs jugent nécessaires, elle se transforme et évolue, vivante par la philosophie de son créateur qui désirait une ruche qui donne à l'abeille toute la liberté que sa biologie exige.
C'est la ruche de la liberté, du respect de l'abeille et de la pensée plurielle face à la pensée unique, celle de la ruche Dadant.

Elle apporte à l'apiculteur autonomie et indépendance vis à vis de tous les besoins artificiels qu'une ruche à cadres demande. Elle a obtenu par les différentes adaptations le mobilisme que la Dadant était censée représenter. Un juste et bon retour des choses!

Cependant un lien réunit l'abbé Warré et Ch. Dadant, c'est d'avoir réussi chacun dans leurs objectifs:
- le premier est d'avoir fait une ruche simple, abordable à tous;
- le second, homme d'affaires, créa une entreprise commerciale et s'attacha de fidèles clients, ce qu'il réussit au delà peut-être de toutes ses espérances.

Si l'un resta un homme simple, le second fit fortune non pas en faisant de l'apiculture mais en vendant son invention et tout le matériel qu'elle génère, mais qui ne fit jamais, comme d'ailleurs aucune autre ruche, celle d'un apiculteur exploitant son type de ruche!

Jean-Marie Frèrès et Jean-Claude Guillaume

J.-M. Frèrès débuta comme tant d'autres apiculteurs avec des ruches Dadant dont les abeilles périclitaient sous la pression des varroas. Lorsqu'on lui parla des ruches Warré, il tenta l'expérience avec ces dernières et devant les résultats obtenus, il abandonna peu à peu toutes ses Dadant. Il équipa ses ruches d'une vitre pour surveiller ses colonies sans les déranger, les cires sont automatiquement renouvelées tous les ans et la récolte de miel qui est absolument pur, se fait sans extracteur en laissant sa part à l'abeille.
Comme Roger Delon, l'accent est mis sur une bonne régulation de l'humidité et de la température nécessaire pour les ruches (ruches carrées). Roger Delon propose une régulation passive alors que la régulation "Jean-Claude Guillaume" est dite active.
Ce facteur est important et doit être pris en considération pour une bonne hygiène de la ruche.
en savoir plus...
Le livre:
L'apiculture de A à ZApiculture de A à Z
Cet ouvrage permet de démarrer sans autre secours que celui-ci, cette méthode est extrêmement simple et peut être entreprise par tout débutant, les manipulations étant expliquées à l'aide de dessins et d'un texte accompagnant ceux-ci.
Pour recevoir ce livre, s'adresser à l'auteur.

La ruche mixte

Rodolphe Leroy, fils d'apiculteur, enthousiaste de la ruche à cadres et de l'extracteur, évolua ensuite et remit en question ce système pour la chambre à couvain; en effet il considérait celle-ci comme une perfection qui ne devait pas être troublée.
Il estimait également que la ruche en paille était l'habitat le plus sain de tous et qu'une ruche carrée était absolument anormale.
Aussi il créa une ruche en paille telle qu'avaient connue son père, en la parant d'une armature en bois cerclant la ruche, suffisamment résistante pour qu'elle puisse supporter une hausse à cadres dont le miel était récolté à l'extracteur, et pourvue d'un chapiteau en forme de chapeau chinois dont les rayons constituaient la réserve de miel pour l'hibernage, ce en quoi il reprend l'idée de l'abbé Sagot avec son "Aumonière". Cette forme dirigeait la grappe d'abeille vers l'endroit le plus chaud de la ruche et évitait la mort de la colonie qui intervenait quelquefois dans les ruches carrées, alors que du miel était encore présent dans les rayons... mais inaccessible aux abeilles. Astucieux, non!
Cette idée fut reprise par un apiculteur belge, Noël MICHEL (voir plus bas).
en savoir plus...
Le livre:
Les abeilles et la ruche mixteles abeilles et la ruche mixte

la ruche de Noël Michel

Noël MICHEL reprend les considérations de R. Leroy qu'il applique à une ruche Warré en bois et dont les angles sont neutralisés par un ½ chevron; il recouvre ses ruches d'un chapiteau conique qui sera la réserve de miel pour l'hibernage.
en savoir plus...

La ruche en plâtre

Gilbert Veuille est le créateur d'une ruche ronde construite d'un mélange de plâtre et de paille hachée et fabriquée à l'aide d'un moule. Ce matériau présente une bonne isothermie et sa porosité évite toute condensation. D'autre part il résiste très bien aux intempéries et sa forme ronde augmente sa qualité isothermique. Le plâtre peut être remplacé par de la chaux ou de l'argile crue; dans ce cas, les ruches devront être abritées.
en savoir plus...

Synthèse

Si l'on apporte à une ruche toutes les observations que ces apiculteurs ont pu faire, nous obtiendrons:
- une ruche dont la forme s'approche au maximum du cylindre (M. Noël, A. Leroy, G. Veuille);
- elle sera coiffée d'un chapiteau conique servant de réserve pour l'hiver (R. Leroy, M. Noël)- paroles d'apiculteur

(...]. Mais attention, il faut être très prudent.
Certaines thèses développées et pratiquées avec succès
par un testeur peuvent s’avérées irréalisables par un autre.
La quantité des paramètres déterminant est très importante.

C. Clément

-
- elle sera dotée d'une régulation thermique (R. Delon, G. Denis, J.Cl. Guillaume),
- les rayons devront être construit sans discontinuité vers le bas (R. Delon), ce qui exclut barettes ou cadres.

L'Hélianthe et l'Extensible

M. Chaudièreruche M. Chaudière

Maurice Chaudière, ce touche à tout, sculpteur, apiculteur, arboriculteur et même poète dans l'introduction de son ouvrage, a crée deux ruches: "l'extensible" qui rappelle étrangement celle d'un curé apiculteur, A. Morteau qui présenta au concours régional d'Angers de 1895 "la ruche sans ruche" concue sur ce principe. Elle ne répond pas à une démarche écologique. Quant à "l'hélianthe", ruche en terre cuite en forme de cloche, très ingénieuse, d'une exploitation simple mais quelque peu problématique compte tenu du culbutage dont elle doit faire l'objet, très belle aussi peut trouver place dans un jardin.
Elle doit être protégée d'une trop vive insolation et nécessite deux renversements de 180°- l'auteur utilise le mot "culbutage". Celui-ci amène stress et désorientation de la colonie qui soudain se retrouve tête en bas... et ce jusqu'à la récolte de la hausse où la cloche est de nouveau remise à l'endroit- re-stress!
Ce procédé n'est pas nouveau et il avait été constaté que cette désorganisation était si importante que la ponte de la reine s'en trouvait bloquée.
Pour l'"extensible", l'auteur a totalement "mis de coté" les arguments qui militaient pour une ruche de la forme de l'"Hélianthe"... mais il n'y a pas culbutage!
en savoir plus...
Le livre:
Apiculture alternative.apiculture alternative.

Dadant

Charles Dadant est absent de cette liste et ce pour deux raisons:
- ce n'était pas un apiculteur mais un homme d'affaires français;
- la ruche qu'il conçut n'a aucune des qualités que doit avoir une ruche écologique.
J'ai quitté la France...j'y avais fait de mauvaises affaires par suite de la révolution de février 1848, des spéculations malheureuses ont empiré ma situation. Enfin le déplacement des affaires par suite de l'établissement des chemins de fer m'a achevé. Il prit le chemin de l'émigration. Avant de s'embarqer pour les Etats-Unis, il avait rencontré Paix Debeauvoys, considéré quelquefois comme l'inventeur de la ruche à cadres. En Amérique, après avoir tenté de créer une exploitation viticole il se tourna vers l'apiculture grâce à la lecture de l'Agriculturist dans lequel il apprend que Quimby a récolté 22000 livres de miel en 1864. Il vit alors de la vente de miel et de cire. Il lit l'ouvrage de Quimby et d'autres qu'on lui prête. Il élève des reines italiennes et construit 24 ruches Quimby qu'il modifie. Plus tard il deviendra le propriétaire du journal "American Bee Journal", il put populariser sa ruche qui cependant eut plus de succès en France qu'en Amérique où la "Langstroth" est la plus utilisée.
Cette ruche est le parfait produit qui lie son exploitant aux fournisseurs de cire et à tout un matériel inutile pour une exploitation familiale et autonome.

Pour parodier Clémanceau:

la gestion de la nature est une chose trop sérieuse pour la laisser aux spéculateurs.

Sources

- L'APICULTEUR- Journal des cultivateurs d'abeillesphoto
- Maurice CHAUDIERE- Apiculture alternativephoto
- Pierre-L. DUCOUEDIC- La ruche pyramidalephoto.
- Jean-Marie FRERES et Jean-Claude GUILLAUME- L'Apiculture écologique de A à Zphoto
- Jonas de GELIEU- Description des ruches cylindriques de paillephoto
- Rodolphe LEROY- Les abeiles et la ruche mixtephoto
- OMS/FAO- Aliments issus de l'agriculture biologiquephoto
- Guillaume-L. Formanoir de PALTEAU- Nouvelle construction de ruches de bois photo- M DCC LVI.
- Abbé Emile WARRE- L'apiculture pour tousphoto- cinqième et douzième éditions.

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